Late Coffee

«Je suis navré Madame, le barman vient de nettoyer la machine à cafés, alors le cappuccino, ca ne va pas être possible….»

Il est 22h30, un lundi soir d’automne où la nuit précoce nous enveloppe d’impressions d’hiver. En terrasse, à l’abri de ces chauffe-fumeurs qui tuent la planète, la sempiternelle rengaine du serveur résonne entre les tables. Et cette dame, comme celle de la veille et celle du lendemain, est surprise. Et ce serveur, le même que la veille et que le lendemain, est soulagé de constater que cette surprise ne déborde pas vers l’énervement, l’indignation voir les cris haut perchés.

Comme d’habitude, certains le prennent avec compréhension – les anciens serveurs et les timides – , d’autres moins – le reste du monde -. À l’opposé, de nombreux barmans ferment trop tôt, quand d’autres, plus consciencieux, font patienter toute l’équipe de salle à la fermeture. Parfois, c’est le serveur qui prend une initiative trop familière, et ment : la machine est fin prête, encore échaudée de son labeur diurne, mais lui est fatigué, et veut vider les lieux. Ou encore, et ce n’est pas moins rare, la consigne du patron est claire : on ne paye pas deux serveurs et un barman pour cajoler une vieille et faire un cappuccino. Serait-il à 6 euros.

«concevoir l’inégalable inventivité que l’équipe déploie depuis déjà trente minutes pour ranger sans en avoir l’air»

 

Aussi certains abusent-ils, prenant leurs aises avec les règles tacites d’une profession tournée vers l’accueil et le service, et cela pour pouvoir rentrer chez eux avec le dernier métro, ou avant le lendemain. Il faudrait pouvoir s’indigner, en tant que client, quand le barman, ou la cuisine, ferme de manière prématurée. Mais il faudrait aussi, pour ce faire, connaître les ficelles du métier. Car même lorsque vous pensez être dans votre droit légitime de gueuler à tort et à travers, vous prenez le risque de vous faire sèchement renvoyer dans vos 22, à raison. Et cela car vous n’aurez pas vu, ou mal interprété, un de ces signes d’initiés qui jonchent toutes les professions du monde.

Vous ne savez pas, tout d’abord, à quel point fermer un restaurant peut s’avérer être une tache de longue haleine. Il faut tout ranger, tout nettoyer, tout remettre en place en prévision du lendemain. Autant d’infimes tâches qui s’empilent comme des assiettes ou de la vaisselle sale. Aussi, sachez que quand vous quittez les lieux, désabusé de ne pas avoir trempé vos lèvres dans de la mousse de lait chocolatée, le serveur est loin d’en faire autant.

Vous ne savez pas, ensuite, à quel point faire un expresso peut être salissant, pour autant qu’il soit un soupçon raté. N’abordons même pas le sujet du café latte, qui ajoute de la plonge et potentiellement renverse la bouteille de lait dans le frigo.

Enfin, et surtout, il vous faudrait réveler des trésors d’imagination pour concevoir l’inégalable inventivité que l’équipe déploie depuis déjà trente minutes pour ranger sans en avoir l’air, pour nettoyer sans que vous ne vous en offusquiez, ou ne vous sentiez, à juste titre néanmoins, poussé dehors. Alors, à toute fin utile, ne vous arrêtez pas de commander des irish coffee à 23h, ou des latte à minuit, car tel est votre bon droit. Mais pour le barman qui s’apprêtera à couler son expresso sur une serviette et faire monter sa mousse de lait sans « pourrir » sa machine déjà propre, faites un sourire, ou un geste. Et si on vous dit qu’il est trop tard…laissez tomber.

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