Home sweet home

Il y a fort à parier que chaque serveur, chaque serveuse en ait déjà un jour fait l’expérience. En fait, il est même sur que nous soyons tous passé par là : quand nous nous plaisons quelque part, nous y revenons.

Ce serait même une preuve de l’intelligence, toutefois modérée, de la race humaine. Et, malgré tout ce que nous pourrions dire, le serveur, même parisien, n’y échappe pas. Lorsque travailler dans un bar, un restaurant, une brasserie, arrive à être presque agréable, nous y revenons.

On y reste, même, un certain temps. Mais le serveur, animal volatile, aime voler vers d’autres cieux. Car il n’est jamais sur d’être vraiment serveur, ou jamais sur d’être assez payé, ou jamais sur d’être au bon endroit , car il aime voir du pays, et qu’il est de ces gens pour lesquels le plein-emploi est une réalité.

Quelle qu’en soit la raison, le serveur part ; mais, une fois toute richesse dilapidée, ou espoirs de palme d’or déçus, il revient. Dans le resto qui l’accueille le plus facilement, celui qui l’apprécie, et que lui-même apprécie. Il revient, tape dans les mains de la moitié du staff, reconnaît un tiers des clients en terrasse, et se sent bien. Comme à la maison.

Il est bien agréable, ce retour. On retrouve des amis, on s’en fait d’autres : ce ne sont pas les nouveaux qui manquent, et, guilleret, vous souriez à tout va. Le resto vieillit aussi vite que rajeunit l’équipe, et vous voici estampillé « vieux de la vieille ». Vous en profitez pour rester à la page, en faisant mine d’oublier votre âge.

De même, vous retrouvez vos habitués. Eux vieillissent avec vous, vous reconnaissent, et il n’y a pas plus agréable que de prendre son service au milieu de souriants réguliers. Vous dépassez le rapport client, n’êtes pas qu’une oreille attentive : on s’enquiert de vous, de ce que vous avez fait durant votre absence. En outre, vous revenez d’une pause dans votre longue vie de service : vous avez le sourire facile, la coupure indolore, la blague à fleur de lèvres. Les services sont aisés, surtout que vous connaissez la maison comme votre poche ; il n’y a que quelques nouveautés, et c’est juste assez pour vous intriguer, vous intéresser, voire vous amener à penser, une fois n’est pas coutume, que vous êtes bien là où vous êtes. Jusqu’à ce que l’aigreur revienne, que vous ne partiez pour revenir ensuite, encore. Ce ne serait pas la maison, sinon. Et il en faudra, des allers-retours, pour que votre petit doigt, d’une voix douce et discrète, vous le rappelle : ce n’est pas la maison.

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