Jouer au touriste

Je suis en vacances. En Toscane. C’est beau, la Toscane. C’est aussi calme, touché par la sérénité et la quiétude. Les champs d’oliviers à perte de vue, la ritournelle des criquets, le vent qui vient du nord et l’accent chantant qui nous caresse tandis qu’on se perd délibérément dans l’étreinte du Chianti rosso.

La toscane, c’est aussi Florence. Florence, c’est tellement de choses, qu’il vaudrait mieux que vous alliez voir par vous-mêmes. Mais Florence, en Août, c’est surtout une nuée de touristes. Due à la modeste taille de la Cité au lys rouge, leur nombre au mètre carré est impressionnant : aucune commune mesure avec ce que nous pouvons connaître à Paris. Et qui dit touristes, dit restaurants pour les attraper.

Lorsqu’on voyage à treize, dont de nombreux enfants, et que l’on vient de traîner ces derniers dans des musées toute la matinée, difficile de ne pas s’arrêter au premier resto sur la place des susdits musées. Vous savez, ce « paquebot », cet énorme restaurant à l’immense terrasse ornée de vaporisateurs, ces nappes blanches décorées de bouquets de fausses fleurs, et équipées de couverts roulés dans des serviettes en papier. À la tête des clients, au costume des serveurs, tu le sais : c’est un attrape-couillon.

Ça te hérisse le poil, tu vois l’arnaque partout, jusque dans les commissures du loufiat qui vous accueille, mais que faire ? Bon bougre, tu la fermes, et évites de fatiguer – encore – tes congénères, en l’occurrence ma famille – avec tes états d’âme de serveur.

Il est déjà étrange, une fois ses premiers pas en restauration faits, d’entrer dans un restau, quel qu’il soit. Mais mettre les pieds dans ce que la restauration fait de pire est un crève-cœur : assis là, tu ne peux t’empêcher de voir toutes les sournoiseries, les petites économies. Tu devines, derrière chaque plat au menu, le surgelé, les DLC changées au marqueur, l’odorat du cuistot comme seul juge sanitaire. Tous tes voyants sont au rouge, ne serait-ce que par les huit pages qui composent le menu, de la pizza au plateau de fruits de mer en passant par l’entrecôte et le panini. Intérieurement, tu bous ; les prix sont déraisonnablement élevés. On ne sert pas des demi, ni des pintes, mais des 20cl, ou des 40cl. Au même prix, et bordés de mousse à n’en plus finir. L’eau coûte le prix d’un cocktail, et évidemment, le loufiat ne te propose pas de carafe. Les plats arrivent au compte-gouttes, tu te lèves pour aller aux toilettes, et une fois extirpé de l’amas de tables et de chaises de cette terrasse où chaque millimètre est rentabilisé, tu te vois demander 50 centimes pour la porte des commodités.

Arrive alors le tournant du déjeuner. Tu choisis, pour ne pas noircir ta bonne humeur, et gâcher ta journée, de fermer les yeux. Très fort, car l’escroquerie est éclatante. Comme si de rien n’était, tu décides de t’accommoder, de toute façon, quitte à se faire enc…, autant apprécier. Tu choisis aussi qu’au vu de la carotte, tu ne dois rien à personne : alors, tu sors ta propre bouteille d’eau, rognes sur tout, redemande du pain, fais réchauffer ton plat : à ce prix-là, pas la peine de prendre des pincettes. Plus de malaise dú à ta connaissance du métier : s’ils se permettent de bafouer ses règles, pourquoi t’évertuerais-tu à observer le guide du parfait client ?

Au final, si possible, je continuerai à garder mes distances avec les restaurants à fondue de la rue de la Harpe, les pizzerias de la place Saint-Marc et les poutines de la rue Sainte-Catherine. Mais de temps à autre, s’installer en terrasse, jouer au touriste, prendre ses aises et n’en avoir rien à foutre, est diantrement agréable.

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