Manuel d’utilisation du serveur parisien, part 2

Les quelques lignes qui suivront se présentent comme la suite de l’article intitulé « Manuel d’utilisation du serveur parisien, part 1 ». L’ambition suprême de ce blog étant d’atteindre le niveau d’intérêt quasi inexistant d’un blockbuster hollywoodien, nous intitulerons donc ce volet « Manuel d’utilisation du serveur parisien, part 2 ». Comme Pirates des Caraïbes 2 ou Bad Boys 2, œuvres au Panthéon des suites cinématographiques de très, très haute volée.

Le dernier opus vous avait laissés, après maintes courbettes et autres politesses, finalement assis en terrasse avec votre tendre moitié. À cet instant, votre vigilance digne d’un garde frontière américain, votre réactivité fulgurante, votre sourire dénaturé et hypocrite vous avaient permis de maintenir une entente cordiale avec le serveur.

Messieurs, la suite, s’il vous plaît.

Si l’équipe en place a correctement fait le travail qui lui incombe, vous êtes à présent en possession du menu de l’établissement. Si, par oubli, ce n’est pas le cas, veuillez profiter de cette opportunité de vous montrer désagréables, et le requérir d’une voie ferme et un brin agacée. Passons sur ce moment toujours déplaisant pour nous serveurs. Vous voici donc contemplant ce que nous appelons communément la carte. Rêvez, imaginez vous John Silver, ou Anne Bonny : bien que cet enchevêtrement de lignes et de chiffres semble incompréhensible, cette carte recèle à coup sur un trésor. Et les indications pour le trouver sont inscrites à l’encre. Retour au primaire : apprenez à lire l’énoncé, et évitez ainsi d’importuner votre serveur en posant une question stupide, sachant que la réponse est inscrite là, si si, là, sur le bout de papier que vous tenez nonchalamment entre vos mains.

S’approche maintenant à pas de loup la plus grande tentation du monde moderne et civilisé : paraître. Interpeller votre serveur d’un claquement de doigt, d’une tape sur l’épaule, ou de tout autre geste désinvolte que vous imaginez au summum de la classe peut vous exposer à un retour de flamme digne de Ron Howard. Vous risquez alors de perdre la face en présence de celui ou celle que vous tentiez maladroitement d’impressionner avec une méthode qui, de toute façon, est ringarde à souhait depuis la sortie de « Cocktail ».

Gardez votre calme, et votre fierté intactes. Une deuxième tentation s’offre à vous, un désir mondialisé vous taraude : aller vite, toujours plus vite. Pourtant, arrêtons nous quelques instants, quitte à perdre cette poignée de secondes si précieuses à vos yeux. Oubliez, ravalez, ré ingurgitez : vous allez mal vous y prendre. Inutile d’appeler le serveur – d’une manière courtoise – si vous n’avez pas choisi. Tout le monde va perdre du temps, sacrilège, lui sa patience. Vous allez ralentir le service, et, d’un sinueux enchevêtrement de causes et conséquences dignes de « l’Effet Papillon » que je ne prendrais pas le temps de vous expliquer, augmenter de dix bonnes minutes votre attente. Tout cela pour une poignée de secondes. Faut pas rigoler avec les papillons.

Afin de nous éviter des battements d’ailes superflus, à même de déclencher un ouragan en cuisine, il est temps de vous prodiguer quelques conseils, que j’administrerais ici d’une façon péremptoire, avec toute la morgue d’un serveur parisien. Si vous avez suivi ce manuel d’utilisation aussi aveuglément que celui de votre canapé Ikéa, vous vous retrouverez tel Edward Norton dans « Fight Club », à l’aube de nouveaux problèmes. Ainsi, fermez votre…

…carte. Dans le cas contraire, nous ne viendrons pas prendre commande, assumant que vous êtes encore en train d’agiter vos neurones, et vous laissant de fait le calme et le temps recuis à une si périlleuse et difficile manœuvre. Une fois votre réflexion achevée, ne vaquez pas, fier du devoir accompli, à d’autres occupations : attendez le serveur. Pour soulager votre vessie, passer le coup de fil de votre vie à Brad, choper sur Tinder ou encrasser vos poumons, vous attendrez d’avoir transmis vos desiderata au larbin. Rangez votre téléphone. La vie est faîte de priorités, et les humains qui vous entourent doivent être plus importants à vos yeux que vos amis virtuels. Dites vous qu’en cas d’interactivité négative, ce n’est pas par SMS qu’ils exprimeront leur colère.

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Enfin, s’il vous plaît : nous assumons que vous êtes tous d’illustres cuisiniers certes méconnus, capable de mêler les saveurs avec doigté, des Mozart des fourneaux. Assumez que nos cuisiniers le sont aussi. Faites-leur confiance, plongez dans l’inconnu, c’est pour cette raison que vous êtes la,non ? Si il y a des câpres dans votre plat, c’est pour une excellente raison. Vous êtes allergique, végétarien, raciste envers les tomates ? Nous pouvons arranger cela, pour votre confort et votre plaisir. Mais Pizza Hut n’est pas un exemple de restaurant : si vous voulez inventer votre propre mixture, rentrez chez vous. Si vous voulez que quelqu’un la fasse pour vous, montrez vous attentionné avec votre moitié, ou embauchez un cuisinier à domicile. Nos cuistots, vous pouvez leur faire les yeux doux tant que vous voulez, ils ne vous tailleront pas votre bavette.

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